A la suite d'un léger accident de travail, la narratrice de ce récit a quitté son usine et trouvé un emploi d'assistante et réceptionniste auprès de M. Deshimaru, directeur d'un laboratoire de
spécimens. Dans ce lieu étrange, ancien foyer de jeunes filles pratiquement désert, elle reçoit la clientèle avant que M. Deshimaru, en véritable maître de taxidermie, recueille, analyse et
enferme à jamais les blessures et les souvenirs de ceux qui désirent échapper à leur mémoire. Sans vraiment comprendre ce qui se joue sous ses yeux, la jeune fille tombe peu à peu sous la coupe
de cet homme...
J'avais déjà découvert l'univers de Yôko Ogawa via
Le Musée du silence. Lecture ancienne mais encore bien présente en mémoire. C'est un monde à part, envoûtant.
Ici, cette histoire, qui se lit d'une traite, m'a prise dans ses filets, je n'ai pu lâcher le livre avant la fin.
On y suit une jeune fille qui a perdu un bout de doigt lors de son dernier emploi, dans une usine d'eau gazeuse. Elle doit quitter cet emploi. Là voilà qui erre dans une ville, un quartier
sinistre et qui voit une annonce pour un emploi d'assistante, collée sur la porte d'un vieil immeuble. Elle postule et commence le lendemain. Elle devient ainsi l'assistante d'un professeur
atypique, taxidermiste de souvenirs. Cela lui donnera l'occasion de croiser des gens blessés, riches en couleurs, qui se confient à elle.
Le laboratoire est situé dans un vieux pensionnat pour jeunes filles dont deux, maintenant assez âgées, vivent encore là. Elles apportent aussi un certain charme à l'histoire.
Une relation particulière naît entre la jeune fille et le professeur, relation assez étrange basée sur la domination et une paire de chaussures...
Une histoire déconcertante mais envoûtante ; une atmosphère oppressante mais pas morbide ; une simplicité dans l'écriture mais si percutante !
Comme dans Le musée du silence, j'y ai retrouvé l'obsession du classement qui semble si cher à l'auteure. On ne peut rester indifférent à la lecture de la scène où la jeune fille passe
la nuit à genoux devant le professeur à ramasser les caractères de la machine à écrire, tombés à terre, et à les reclasser.
Ogawa a aussi écrit : Le musée du silence, Une Parfaite chambre de malade, La Piscine, Les Abeilles, La Grossesse, Amours en marge, Le Réfectoire un soir et une piscine sous la pluie, La
Petite pièce hexagonale, Hôtel Iris, Parfum de glace, Tristes revanches, La bénédiction inattendue, Les Paupières, La formule préférée du professeur, La marche de Mina, La Mer ...