Jeudi 16 juillet 2009
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Quatrième de couverture
Elle s’interrogeait : qu’est-ce qui différencie ou caractérise ces cubes, ces carrés, ces rectangles, ces losanges, ces cavités, toutes ces innombrables fantaisies architecturales réunies sous le
vocable habitations ? En dehors de leur forme, qu’est-ce qui en fait des demeures et non des sépultures ? Que s’y passe-t-il de si fort, de si réel, de si dynamique, de si tangible, qui ne puisse
avoir lieu au cimetière et qui justifie qu’on appelât ces endroits des lieux de vie ? Vivre, ça couvre quelle superficie ? Quel sens donne-ton à ce verbe, au point de lui réserver des lieux ? Ne
vit-on pas également lorsqu’on se promène en forêt, en traversant la rue ou en bandant ses muscles pour propulser sa barque sur un bras de mer lascif ? Les bureaux et les usines seraient-ils des
lieux de mort ? (...) Et puis, parce que vivre c’est survivre à quelqu’un ou à quelque chose, à qui, à quoi renonçons-nous, humblement défaits ou dignement amputés, mais toujours inassouvis ?
Betty avait pris sa décision : elle saurait quelles existences se cachaient derrière les fenêtres d’en face. L’obsession était née et installée en elle. Elle ne fit rien pour s’en distraire, au
contraire, elle l’entretenait, comme un feu de bois par mauvais temps, minutieusement, patiemment. (…) Elle allait s’imbiber de la vie des autres, ignorant qu’elle y serait bientôt engloutie.
Mon avis
Comme je l'ai dit
précédemment, j'ai découvert Fatou Diome lors d'une soirée dédicace et elle parlait avec tellement
d'enthousiasme, de pétulance de son livre que je n'ai pu que repartir avec (le livre, s'entend ;). Je me hâtais de finir
Chinoises et je me suis jetée sur
Inassouvies, nos vies. Tout au long de ma
lecture, j'ai eu le sentiment de déguster un bonbon : un peu piquant au début, doux en bouche avec le temps et un peu lassant sur la fin.
Le personnage principal, Betty, la trentaine esseulée, se prend au jeu d'observer les vies dans l'immeuble en face de chez elle. Cela devient comme une drogue tous les soirs, regarder ces gens et
imaginer leurs vies. Très vite, l'imagination ne lui suffit pas, elle veut en savoir plus et les hasards de la vie (se croiser à la boulangerie, sur un banc dans un parc etc.) lui
permettront d'en savoir plus sur la souffrance des voisins d'en face, mettant en avant leurs propres solitudes et les renvoyant à celle de Betty.
Elle se rapproche surtout d'une vieille dame qu'elle a surnommée Félicité car elle a toujours le sourire (elle gardera ce surnom tout au long du livre, d'ailleurs). Quand Félicité disparaît de
l'immeuble d'en face, Betty va faire des pieds et des mains pour la retrouver dans la maison de retraite où sa famille l'a placée (en attendant son héritage). Elle lui rendra des visites
hebdomadaires, chacune servant de bouée à l'autre, chacune retenant l'autre à la vie. Tant que Félicité est en vie, Betty a des repères : les souvenirs de la vieille dame, les discussions sur les
autres personnes de l'immeuble, les solitudes qui se créent, se défont. Quand la vielle dame disparaît, Betty s'écroule.
Fatou Diome met bout à bout des solitudes, montrant le côté individualiste de la société actuelle. Ayant discuté, un peu, avec l'auteur, quelques semaines après cette soirée dédicace, j'ai eu le
sentiment qu'il y avait beaucoup d'elle dans ce livre, que Betty et elle ne formaient qu'une. Au fil du roman, on se rend compte que Betty n'est pas d'ici, comme Fatou. Elle porte un oeil "naïf"
sur notre société, mais vite désabusé. J'ai retrouvé dans ce roman, des choses qu'elle nous a dites en direct, des actes qui se sont réellement déroulés.
J'ai aimé ces histoires de solitude, cet optimisme latent, les réflexions sur nous-mêmes, sur notre société que nous suggère Betty. Chaque page me donnait envie de prendre des notes, de chopper
des citations (mais là, il m'aurait fallu recopier le livre ici ;) Ce roman est écrit avec une grande poésie, une grande beauté cependant, je n'ai pas aimé le fait de passer un peu trop
rapidement de réflexion en réflexion. On sent que Fatou a encore beaucoup de choses à dire et que ce n'est qu'effleuré ici. C'est un peu frustrant et un peu brouillon. Comme dirait ma
libraire préférée "Le fond est bien, mais pas la forme".
Un roman intéressant qui nous laisse inassouvis ? ;)
Édit de fin d'après-midi :
J'ai oublié de parler du côté lassant suggéré en début d'article. Je ne cache pas que j'ai un peu souffert sur la fin, j'ai décroché... Je me suis battue avec moi-même pour le finir
parce que je n'aime pas abandonner un livre qui m'a plu sur une bonne moitié. Il m'a fait l'effet d'un soufflé qui retombe...
Toutefois, ce n'est pas parce que j'ai eu du mal que d'autres auront du mal ! Je culpabilise toujours quand un de mes billets vous fait dire que vous laisserez tel ou tel livre de côté. (je suis
un peu perturbée comme fille je crois :D)
Fatou a aussi écrit :
Le ventre de l'Atlantique (que l'on me recommande chaudement),
Kétala,
et deux recueils de nouvelles : La Préférence nationale et Le Loup de l'Atlantique.
Ils ou elles l'ont lu aussi : Gangoueus
Merci pour le lien. Quelques pages en trop. Mais dans l'ensemble comme vous j'ai apprécié ce livre. L'écriture de Fatou Diome est agréable et on sent qu'elle a une maîtrise des sujets qu'elle traite. Et, ce que j'apprécie le plus dans ce roman, c'est cette rencontre improbable entre Félicité et Betty. Tout semble les séparer. La prose de Fatou ne survit pas à la disparition de Félicité. Les choses ne sont pas simples.